Dimanche 7 août 2022
Lorraine / Prévost
52 kms
Total : 122 kms
Je serais Pierre Bruneau que j’aurais câllé Colette en cette nuit chaude et humide. Collante tellement que le double toit a pris le bord avant même de le poser. Bizarre de dormir dans le doute qu’un étrange me regarde en silence, debout derrière la toile. Les jets d’eaux que provoquent les canards percent mon sommeil de plomb. Comme aucun psychopathe n’a jeté d’essence sur ma tente et n’y a mis le feu, hé ben sitôt le premier humain à se pointer dans le coin, on s’est envolés, les canards et moi, dans cet enfer qui jamais n’a cessé.
C’est parti pour un 100 kms qui finalement n’en sera qu’un 52 qui ne vaudra en fait que pour un 47 de route réelle! Tandis que Ste-Thérèse en personne et le triste Blainville lui-même claironnent à grands coups de pancartes que je roule bel et bien sur le P’tit Train du Nord, un cycliste du coin coin m’explique pourquoi les kilomètres qui me séparent de St-Jérôme augmentent au GPS au lieu de diminuer : ce n’est pas le PTDN. Le type ajoute que plusieurs cyclistes commettent l’erreur d’avaler les infos prédigérées des pancartes, comme les télécarnassiers le font des nouvelles du Bruneau. Alors je tourne en rond, sur une piste mal nommée. P’tit Arrière Train du Nord, que je me dis, le cerveau qui tourne en lave dans le crânien de cratère qu’est devenue ma tête, et trempe mon corps de son surchaud.
Commentaire critique
La pluie n’a fait que rabattre au sol l’humidité des derniers jours. La tournure du temps, c’est pour demain. 50 mm de pluie!! J’apprends ça à la gare intermodale de St-Jérôme. Il y fait frais et bon. Je perds mon temps à avaler des boissons froides tirées de machines électriques et dont j’ignore les noms. Un type arrive à pied de Blainville, un bâton de marche irlandais (?) à la main. 52$ de douanes à la livraison. « C’est parce que les matériaux naturels dont il est fait », qu’il me dit. Aucune douane pour les forêts vidées que, mine de rien, je me dis. Fin du commentaire critique.
Zéro comme dans piano
J’ai les mollets à vif. Un coup de pédale, une douleur. Heureusement, les crampes ont suivi les canards que j’ai perdus de vue. Une fois gagnée la porte du PTDN, je me tape un café, puis deux, le long de la vieille gare qui est très belle. Les gens ne marchent pas, ils fondent. Leurs corps s’écoulent jusqu’au bout de leurs pas. Le ciel menace au-dessus de la porte qui annonce le début de la piste. Km zéro… Un troisième café pour mieux croire aux miracles et laisser passer les quelques orages qui soudain fracassent à coups de marteau les rues de St-Jérôme. Le froid nous gagne, incrédules que nous sommes d’un revirement si instantané. Nous sommes la charnière du temps, nous sommes le battant du présent où s’engonce le futur, le décret de Colette entre deux pubs de Grastorade. Le vent monte, tourne et maintenant me fera face, me rappelle Jonathan. Brunelle de son nom. Un talent fou de dessin. Les portraits. J’avais jeté un oeil discret à son travail silencieux. On jase. Du talent et de l’opinion. Il refuse de vendre ses traits de crayons aux touristes, assumant n’être qu’à ses débuts. Merci vieux! La vingtaine ou si peu. Sa recommandation : Yann Thiersen, pianiste compositeur et cycliste. Jonathan joue des compos de ce type-là sur le piano public de la porte du P’tit Train du Nord, au kilomètre appelé et dument inscrit : zéro. Y’a des jours comme ça.

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