The Northen pet’ of Train

En pays mironnien

Prévost / La Conception 96 km

Total 218 km

D’abord

C’est elle qui a commencé. La pluie. Elle n’a pas cessé de la journée. Alors je m’en suis pris à elle, alors je l’ai traversée bord en bord, la pluie. De la chambre qui pue, Motel des Voyageurs où j’ai rapaillé mes affaires, jusqu’à cette table de la Vieille gare de Ste-Adèle, ma gueule les a calés, ces 10-15 premiers des 50 mm prévus, comme autant de shooter le dernier des sacrements post last call.

J’ai retrouvé la forme. Prudence dans les mouvements que je dois garder réguliers et lents, mais pour le reste, c’est le party entre le genou et la cheville. Aucune crampe depuis plusieurs kilometres. Même pas une érection. De toute facon il fait froid. Je suis transi. Le peu de gens qui entrent ici aussi. Transi, je parle. Il y a 15 km, j’ai laissé mon vélo sous le toit d’une cantine fermée, histoire de nager sur l’autre rive de la route me rapporter à gué un café que je bois goulument avec les cantiniers arrivés entretemps. Ils m’en offrent un autre que je refuse, ce qui me permet de me soustraire à la grand’gueule de patron qui me bourre la cervelle de récits d’ours assommés de ses grosses mains velues, de loups dévorés de ses propres dents et de Baie-James qu’il a lui-même harnachée. La pluie est sans cesse battante, le froid fait son chemin jusque dedans mes os et j’ignore comment lutter avec un tel ennemi, sinon en reprenant la route sur un rythme qui me réchauffe sans entraîner de transpiration surabondante. Alors je roule. Alors je longe cette rivière qu’est la Nord de Miron, de son enfance. Alors je transperce les vents de pluie. Propulsés depuis le NO, les vents de vents, la pluie de pluie. J’avance à contresens … « comme ben souvent dans ben ben des affaires », que je me dis.

D’abord prise 2

Mes quotidiens du P’tit Train du Nord, c’est et ce sera deux centaines de kilomètres d’un fil tantôt d’asphalte tantôt de poussières de pierre que ponctuent les vieux bâtiments des anciennes gares retapés façon belle et attrapo-touristique à la fois. Un chapelet de lacs superbes aux forêts denses et odorantes, de toilettes chimiques et de patentes à gosses à l’effigie des Pays d’en haut, une enfilade de sympathiques voyageurs et de chieurs de selfies outrageants, de spots à bivouacs de rêve et bouffes faméliques en gamelles, aux restaurants et chambres d’hôtels dont les prix mirobolent dans les hautes sphères de l’insensé. Un entrelacs de petits enfers et de faveurs obtenues.

Ce jour-là

Deux cents kilomètres de cyclistes et de marcheurs de toutes sortes. Je suis le seul qui pue. C’est la chambre en bordure de la 117. Motel des Voyageurs, je vous dis. L »imper impec qui inspire sans respirer. C’est mon linge qui gigote dans mes sacoches sans arriver à sécher. Le seul. Seul. Je commence à m’emmerder. « L’enfer, c’est peut-être moi, Jee-Pee », que je me dis.

Pour me fausser compagnie, je m’en vais fouiller la boutique de vélo qui partage le bâtiment attrapo-touristique de la Vieille Gare de Ste-Adèle où je m’emmerde et pue. Besoin d’un pneu pour me cramponner solidement à ma route. J’explique la chose au mécano de la place qui me semble sérieux et qui cherche en vain, avant de se transformer, magie, en peddler-de-patentes-à-bécik engoncé dans sa mission de me vendre quelque chose. Fracassé du tonnerre de ses efforts, je me rabats sur une chambre à air inutile mais salvatrice dans ce que je crois être « les circonstances ». La porteuse de café tangue jusqu’à ma table esseulée. On retourne s’asseoir, ma chambre à air et moi. Le vent nous perce, le temps qu’un couple altier passe la porte et s’applique à ne pas nous considérer, ma chambre à air et moi. Le couple altier secoue ses somptueux atours et les confie à la table là, à dégouter loin de lui, puis le couple altier fox trotte à la table là-bas y déposer leurs respectifs séants. Une fois madame occupée à évacuer de son auguste personne les choses sombres et frappées d’opprobre via ses nobles orifices, monsieur, devenu seul , retourne sur plusieurs degrés le port de sa tête et s’enquiert sur where qu’on going, ma chambre à air et moi. « Baie-James » que je dis. « James-Bay?! ». « Baie-James ».

Secrètement nettoyée de ses souillures, madame nous revient et accorde quelques sourires aux rares clients conquis. Langages communs. Eux. Ma chambre à air est sur le point de crever. Je suis seul. Contrit, l’homme altier témoigne de sa grande simplicité, montrant à chacun le si simple bonnet de douche qui enveloppe son casque de vélo et le protège de la pluie. Inclusif, il s’approche de moi, s’incline légèrement, pointe la chose et m’accorde la faveur de sa bienveillance : shower cap … shower cap… ».

Obscure tendresse

Des 96 kilomètres de cyclistes, civils et laïcs croisés ce jour-là, quelques rares me sont intelligibles parce que de parlure québécoise. Cette langue schizophrène parce que scindée, parce qu’en écho, parce qu’envieuse puisque dépossédée d’elle-même, assujettie qu’elle est à la langue anglaise, suggère Miron. Gaston de son prénom. Pays de jointures et de fractures. Une langue labourée d’équivoque, charrieuse du pays incertain, à l’idée de Ferron. Des autres rencontres sur le P’tit Train du Nord, d’aucuns diront reconnaître des sourires muets deux solitudes, moi je parle de miettes lâchées au sol pour les pigeons, de brin de scie tombés dans les poches des scieurs de bois. La condition de Dawn Canuk, comme dit encore le Miron. De cass’ de bain et de souillures secrètes, je dirais. S’incliner, c’est d’abord prendre l’autre de haut. C’est aussi se soulager.

Un cours d’eau me traverse je sais, c’est la Nord de mon enfance avec ses bras d’obscure tendresse qui voletaient sur mes épaules Gaston Miron

Miroir

Quelque chose comme 90 km me séparent de mon objectif du jour, Labelle. La route est facile, sinon le temps qui s’imite lui-même à toujours faire plus dur, mouilleux qu’il est dedans son vent. Je suis porteur d’eau. De boue.

Terreau à truites

Il pleut tellement que j’ai avalé une truite en roulant. Épuisé, je décide de camper dans un abri aux murs à demi couverts sur lequel je tombe en bordure de la piste à La Conception.

Cabane à cycliste

Affamé. Il me reste juste assez d’eau pour cuisiner et me rincer le gosier de deux gorgées au matin. Mes doigts bougent à peine. Gelé. Une fois le bivouac installé, c’est bien assis au froid que je me penche et récupère la casserole du feu, remplie qu’elle est du rizotto-boeuf qui me sourit à pleine gueule avant de sacrer le camp la face première sur le sol crasseux. Je gratte les trois quatre bouchées restantes, ramasse les souillures, puis vais rêver d’un chaud café comme un osti de cass’ de bain. Espresso? Non, Presta.

4 réponses à « The Northen pet’ of Train »

  1. Mes 3 heures sous la pluie(déluge)sur la montéregiade de Farham avant de tomber sur un salvateur Tim Horton me séchant et y mangeant. Je suis dans le luxe et l’abondance toujours à quelque heures si non minutes.
    Je suis fier de toi mon ami qui est loin de ces possibilités et continu ton chemin.

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    1. Le vélo est toujours difficile peu importe comment on le pratique. Ta route a ses surprises et tout ce qui faut pour que ton courage soit salué André!

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  2. Que d’inspiration à la lecture de ces BOIRES et déboires qui, sans aucun doute, transforment chaque expédition en un souvenir singulier et imprenable. Je suis admirative de cette audace, cette ténacité et de cette plume! Qui me donne envie d’enfourcher ma bécane à mon tour!

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    1. Wow! Ça me donne du gaz ça Manon!! Ton opinion m’est chère, ça me fait un grand bien, incertain souvent de ce que je suis en train de faire et la manière de l’écrire.

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